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Témoignage d'Estelle, volontaire à Doulougou en 2011

Le Burkina Faso avec le Mj-Procunas : inoubliable. Récit.

Fin décembre 2010 je tombe, à l'université de Rennes 2, sur une affiche d'une association burkinabé qui proposait des missions pour l'été. Rêvant depuis longtemps de partir dans un pays d'Afrique, j'ai contacté l'association, qui a répondu à toutes mes questions, et m'a aidé dans mes démarches. Me voilà engagée pour un projet de soutien scolaire et de reboisement dans le village de Doulougou, à 60 km de Ouagadougou.

Avant de partir, tous ceux qui participaient aux 4 camps prévus se retrouvaient pour un week-end de formation, avec les membres du relais. J'ai ainsi pu rencontrer les 5 autres participantes avant le départ. Ce week-end a permis de nous faire prendre conscience des conditions de vie là-bas, de nous donner un aperçu de la culture et du mode de vie propre à ce pays, mais également de nous connaître entre les participantes. On a aussi eu droit à quelques petits conseils pratiques.

Le 21 juin 2011, j'embarque à Charles de Gaulle. J'arrive au Burkina vers 17h. Je suis accueillie chaleureusement par 3 membres du Mj-Procunas, Moussa, le président, ainsi qu'Opportune et Cool Baby. Le voyage de l'aéroport jusqu'à la maison de l'association se fait en mobylette, sur une route bétonnée, puis sur la piste. Arrivée à la maison, il fait presque déjà nuit, je découvre la cour où se trouve « notre » maison : plusieurs familles y vivent.

Après quelques jours tranquilles où nous avons pu découvrir le mode de vie, nous sommes parties pour le village de Doulougou. Le matin, de 8h à 12h, avec une pause d'une demi-heure à 10h, nous avons fait du soutien scolaire : nous étions 2 par classe. Tout d'abord nous étions avec la professeur car les élèves étaient en composition. Après, nous nous sommes retrouvés en autonomie. C'était assez impressionnant d'avoir devant nous environ 80 élèves ! Ceux-ci avaient souvent du mal à nous comprendre, il fallait donc répéter souvent, et bien articuler. Les maths, le français, les chansons et les jeux sont devenus notre quotidien. Bien qu'il y ait beaucoup d'élèves, nous avons essayé de travailler avec chaque élève, de donner des explications plus précises. La première approche avec eux a été très distante, ils avaient assez peur de nous, mais peu à peu ça s'est passé de mieux en mieux. Souvent ils jouaient près de l'endroit où nous vivions dans l'école, lisaient nos magazines, jouaient aux jeux que certaines d'entre nous avions emmené dans nos bagages. L'après-midi, après une sieste, nous avons fait des jeux avec eux, tels que l'épervier, la balle aux prisonniers etc. Les enfants étaient toujours joyeux de faire ces jeux, et leur énergie faisait vraiment plaisir à voir !
C'était un vrai bonheur. Ces jeux commençaient à 15h et duraient jusqu'à 17h. Au Burkina, il fait nuit à 19h. Le dîner se faisait donc quasiment dans le noir. Grâce à Alice, la petite soeur de Moussa, nous étions toujours bien nourries, elle nous accompagnait dans le village, un vrai petit soleil etc. Le soutien scolaire et l'animation se sont déroulés pendant deux semaines. Christophe, alias Cool Baby, a parfois fait l'interprète pour nous ! Il traduisait en mooré aux plus petits, qui ne comprenaient pas bien. Il nous a accompagné tout au long de notre séjour. La troisième semaine, notre « mission » était de reboiser. Des campeurs burkinabés sont arrivés dans le village, pour porter main forte ! Nous voilà en train de nous promener avec des arbres (des manguiers, des eucalyptus) dans tout le village. C'était l'occasion de le découvrir autrement, car il est très étendu. Notre connaissance de Doulougou se limitait au marché, au « maquis » (le bar), et à la mairie. L'après-midi, c'était vraiment très intéressant de débattre tous ensemble sur des sujets de société, de partager les points de vues pendant ce qu'on appelle « les causeries ». Le soir, nous passions tous également beaucoup de temps à discuter. Le dernier soir à Doulougou, il y a eu le feu de camp, où les burkinabés nous ont fait danser jusque tard dans la nuit, au son des djembés ! Le week-end, c'était quartier libre, et bien souvent nous sortions nous amuser.

Cette vie africaine, même s'il elle n'a duré qu'un mois, m'a permis d'avoir une autre vision de la vie. Les burkinabés sont très joyeux, relativisent et se plaignent rarement. Nous avons des conditions de vie dont nous ne sommes jamais satisfaits. Même si cette philosophie est dure à appliquer constamment, elle permet, une fois en France, de reconsidérer la chance que nous avons, d'apprécier les plaisirs simples de la vie. Certes pendant un mois notre nourriture quotidienne était composée de riz, de pâtes, de semoule. Les moustiques nous dévoraient la nuit. La chaleur provoquait parfois une grande fatigue. Certaines d'entre nous ont été malades. Il y a eu des moments plus durs que d'autres, mais ce qui reste, ce n'est en aucun cas ces moments.

Merci à vous, burkinabés, de m'avoir fait grandir. Des liens indéfectibles se sont construits : avec les autres françaises, les Sirènes, que j'embrasse, d'une part. Et d'autre part, avec les membres de l'association qui se sont dévoués pour nous, vous êtes inoubliables. Vive le MJ-Procunas !